mercredi 27 juin 2007

Hegel et la guerre en Afghanistan

On accuse souvent les détracteurs de la participation canadienne à la guerre en Afghanistan de ne pas appuyer, voire même respecter, les êtres humains qui partent au combat. Cette critique a atteint un paroxysme lors de la manifestation du 22 juillet, lorsque les manifestants ont tenté d'intercepter le défilé militaire qui avait cours dans les rues de Québec.

En traitant les manifestants de «talibans», ceux qui étaient venus assister au défilé n'ont-ils pas fait exacetement ce qui est reproché aux opposants de l'occupation? On reproche à ces derniers de ne pas voir les soldats comme des humains, pères de familles, copines, fils, soeurs etc, mais de les voir uniquement comme des machines aliénées au service d'une cause qu'ils considèrent injuste. Cette situation s'est produite lors de la marche: le manifestant n'était plus un étudiant, une mère de famille etc etc... seulement un fauteur de trouble a-patriote.

Il s'agit là d'un excellent exemple de ce qu'Hegel appelait, dans la Phénoménologie de l'Esprit, l'abstration. La marchande, à qui l'on dit que les oeufs sont pourris, retourne l'insulte à sa cliente et la traitant de pourrie elle-même. Le condamné à mort, pour la foule en colère, n'a plus rien d'humain. Il n'est que meurtrier. L'humanité des autres se voie abstraite, pour les réduire à un seul objet, souvent peu flatteur.

Dans une telle situation, Socrate nous rappellerait son «Connais-toi toi-même». Si je ne reconnais pas l'humanité dans l'autre, comment puis-je la reconnaître en moi-même?

Le statut des soldats est, je l'avoue, particulier. L'individu, en entrant dans l'armée, passe par un processus de dépersonnalisation (très bien illustré dans l'excellent Full Metal Jacket de Kubrick), qui selon moi, lui confère un état de symbole. Un soldat en service demeure toujours un être humain, mais un être humain qui représente une entité abstraite: l'armée.
Malheureusement pour les militants anti-guerre, l'Idée «Armée» ou même l'Idée «Guerre», s'illustre assez mal sur des affiches. Il faut utiliser des symboles, plus souvent qu'autrement des militaires ou artefacts militaires. D'où une certaine incompréhension et un agacement de la part des proches de nos soldats.

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